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Infections à méningocoque : efficacité des vaccins quadrivalents et candidat-vaccin antiméningococcique B

Le présent compte rendu est fondé sur des données médicales présentées lors d'un congrès de médecine reconnu ou publiées dans une revue avec comité de lecture ou dans un commentaire signé par un professionnel de la santé reconnu. La matière abordée dans ce compte rendu s'adresse uniquement aux professionnels de la santé reconnus du Canada.

PRESSE PRIORITAIRE - La 17e Conférence internationale sur les espèces pathogènes de Neisseria

Banff, Alberta / 11-16 septembre 2010

L’infection invasive à méningocoque (IIM) est rare, mais elle peut être mortelle et génère souvent de graves séquelles cliniques. La distribution des cinq principaux sérogroupes responsables des IIM – A, B C, W-135 et Y – fluctue énormément et varie d’une région à l’autre. «De plus, on observe des différences majeures dans l’incidence de la maladie à l’échelle mondiale», fait remarquer le Dr Lee Harrison, professeur titulaire de médecine et d’épidémiologie, University of Pittsburgh, Pennsylvanie, bien que les taux d’incidence soient très faibles dans les pays industrialisés : 0,42 pour 100 000 au Canada et 0,34 pour 100 000 aux États-Unis en 2006, par exemple.

Le marché canadien compte actuellement deux vaccins antiméningococciques conjugués quadrivalents qui agissent contre les sérogroupes A, C, W-135 et Y : MenACWY-D (Menactra) et MenACWY-CRM (Menveo).

Lors d’une étude conçue pour démontrer la non-infériorité du vaccin MenACWY-CRM par rapport au vaccin MenACWY-D chez de jeunes enfants, le Dr Scott Halperin, professeur titulaire de pédiatrie, de microbiologie et d’immunologie, Dalhousie University, Halifax, Nouvelle-Écosse, et son équipe ont randomisé 2907 enfants de 2 à 10 ans de façon qu’ils reçoivent l’un ou l’autre vaccin. Les enfants étaient stratifiés en fonction de l’âge : les enfants de 2 à 5 ans (n=1700) ont reçu soit deux doses du vaccin MenACWY-CRM, soit une dose de l’un ou l’autre vaccin; les enfants de 6 à 10 ans (n=1120) ont pour leur part reçu une dose unique de l’un ou l’autre vaccin. La réponse sérologique se définissait par un titre d’anticorps =8 lors du dosage de l’activité bactéricide du sérum avec le complément humain (hSBA) dans chacun des deux groupes d’âge 28 jours après l’administration d’une dose unique de l’un ou l’autre vaccin.

Au terme de l’étude, le vaccin MenACWY-CRM répondait aux critères de supériorité statistique par rapport au vaccin MenACWY-D pour les sérogroupes W-135 et Y et aux critères de non-infériorité pour le sérogroupe C dans les deux groupes d’âge. Dans le cas du sérogroupe A, les critères de non-infériorité n’ont pas été atteints. En effet, le taux de réponse sérique contre le méningocoque de sérogroupe A se chiffrait à 72 % (IC à 95 % : 68-75 %) pour le MenACWY-CRM et à 77 % (IC à 95 % : 73-90 %) pour le MenACWY-D dans le groupe des 2 à 5 ans. Les pourcentages correspondants étaient 77 % (73-80 %) et 83 % (79-86 %) chez les enfants de 6 à 10 ans. Si l’on combinait les deux groupes d’âge (de 2 à 10 ans), le vaccin MenACWY-CRM était non inférieur au vaccin MenACWY-D contre les quatre sérogroupes, et statistiquement supérieur dans le cas des sérogroupes C, W-135 et Y. Les réactions aux deux vaccins étaient majoritairement bénignes, et la résolution a été spontanée dans la plupart des cas (Figure 1).

Figure 1. Pourcentage de sujets (2 à 10 ans) ayant un titre d’anticorps =8 (hSBA) après la vaccination contre les méningocoques de sérogroupes A, C, W-135 et Y


«Si l’on donne une deuxième dose [du vaccin MenACWY-CRM] aux enfants, on obtient des titres d’anticorps plus élevés, mais les titres obtenus après une dose unique étaient aussi bons, sinon meilleurs, que les titres obtenus après l’administration du MenACWY-D qui se donne en une seule dose», expliquait le Dr Halperin en entrevue.

Infection à méningocoque de sérogroupe B

Au Canada, le méningocoque de sérogroupe B cause environ 60 % de toutes les IIM. Selon les données par groupe d’âge, il cause environ 80 % des IIM chez les nourrissons et de 50 à 60 % des IIM chez les 10 à 19 ans. Ainsi, comme l’ont confirmé les données d’IMPACT de 2006 à 2009, la majorité des IIM au Canada sont maintenant causées par le sérogroupe B. Un vaccin qui protégerait les nourrissons contre l’infection à méningocoque de sérogroupe B serait considéré comme une véritable percée en vaccinologie. L’un des vaccins-candidats contre le méningocoque de sérogroupe B, le rLP2086, contient des composantes antigéniques des sous-familles A et B de la protéine méningococcique se liant spécifiquement au facteur H humain (factor H-binding protein [FhbP]).

Comme l’explique le Dr Peter Richmond, University of Western Australia, Perth, les résultats de trois essais cliniques visant à évaluer le rLP2086 ont révélé que les titres d’anticorps étaient =4 (mesurés par la méthode hSBA) chez plus de 90 % des adolescents et environ 75 % des adultes vis-à-vis de la sous-famille A et chez environ 86 % des adolescents et 70 % des adultes vis-à-vis de la sous-famille B. Après une troisième dose, environ 94 % des adultes avaient atteint des titres d’anticorps =4 (hSBA) vis-à-vis des deux sous-familles. «Aucun problème d’innocuité majeur n’a été rapporté, précise le Dr Richmond, et ces données justifient la poursuite du développement du vaccin rLP2086.»

Le deuxième vaccin-candidat contre le méningocoque de sérogroupe B est un vaccin regroupant plusieurs composantes antigéniques. Plus précisément, le 4CMenB contient 3 antigènes protéiques recombinants : variant 1 du FhbP; adhésine A de Neisseria (NadA); antigène NHBA (Neisseria heparin-binding antigen); et une vésicule de membrane externe (OMV) de la souche NZ98/254 hypervirulente. Comme l’ont expliqué plusieurs chercheurs au congrès, la capsule du méningocoque B est un autoantigène et ne peut donc pas servir de cible vaccinale. Grâce à un processus innovant de la «vaccinologie inverse» (méthode génomique appliquée à la découverte de vaccins), les chercheurs ont identifié les antigènes qui servent maintenant de cibles vaccinales dans le vaccin 4CMenB. Le Dr Jamie Findlow, Health Protection Agency, Manchester, Royaume-Uni, et ses collaborateurs, qui ont analysé 535 isolats de méningocoques de sérogroupe B, ont découvert que ces isolats présentaient tous des allèles du gène du NHBA, que 18 % avaient aussi des allèles du gène de la NadA, que 20 % avaient la protéine PorA présente dans le vaccin (P1.4) et que 70 % hébergeaient des protéines du variant 1 du FhbP contenues dans le vaccin 4CMenB, ce qui donne à penser que le candidat-vaccin 4CMenB pourrait offrir une protection contre une proportion appréciable des infections à méningocoque du groupe B au Royaume-Uni.

Vesikari et ses collaborateurs ont présenté les résultats d’une étude dans laquelle 3630 nourrissons ont reçu aléatoirement un vaccin 4CMenB provenant de l’un ou l’autre de trois lots en même temps que les vaccins usuels administrés à l’âge de 2, 4 et 6 mois. L’évaluation principale de l’immunogénicité a été faite à partir des titres d’anticorps mesurés par la méthode hSBA vis-à-vis de trois souches différentes du sérogroupe B 30 jours après la dernière dose du vaccin. «Les trois lots du vaccin 4CMenB expérimental ont généré une réponse immunitaire robuste très constante», soulignent les auteurs.

Selon l’analyse principale, 100 %, 100 % et 84 % des nourrissons ayant reçu un vaccin 4CMenB provenant de l’un des trois lots avaient des titres d’anticorps =5 (hSBA) vis-à-vis de toutes les souches du sérogroupe B. «La réponse immunitaire suivant l’injection du vaccin 4CMenB administré avec les vaccins usuels, comparativement à la réponse immunitaire générée par les vaccins usuels administrés seuls, répondait aux critères prédéfinis de non-infériorité pour tous les antigènes, sauf l’antigène du poliovirus de type 2», notent les chercheurs.

La tolérabilité du nouveau vaccin 4CMenB à composantes multiples était «acceptable», soulignent Esposito et ses collaborateurs dans une communication par affiche connexe. Des effets indésirables graves ont été signalés chez 8 % des nourrissons ayant reçu le vaccin 4CMenB en même temps que les vaccins usuels. Par comparaison, ce pourcentage s’élève à 6 % des nourrissons ayant reçu le vaccin antiméningococcique C avec les vaccins usuels et à 8 % des enfants ayant reçu uniquement les vaccins usuels. La réactogénicité était prévisible : observation d’un pic à 6 heures, puis d’une baisse marquée le 2e jour suivant la vaccination; peu de nourrissons ont dû être retirés de l’étude pour cause de réactogénicité.

Protection des travailleurs de laboratoire exposés à un risque accru

Comme le soulignent Dull et ses collaborateurs, les travailleurs de laboratoire manipulant des méningocoques sont exposés à un risque accru d’infection invasive, et le vaccin antiméningococcique est souvent recommandé en pareilles circonstances.

Dans le cadre d’une étude unique en son genre, 54 travailleurs de laboratoire ont reçu trois doses du vaccin 4CMenB à 0, 2 et 6 mois, puis une dose unique du vaccin MenACWY-CRM un mois plus tard. Pour évaluer l’immunogénicité du vaccin, les chercheurs ont là encore mesuré les titres à l’aide de la méthode hSBA.

Les résultats ont montré que la réponse immunitaire bactéricide était évidente après chaque dose du vaccin 4CMenB, comme en témoignaient les moyennes géométriques des titres d’anticorps et le pourcentage de participants ayant des titres =4 ou =8 (hSBA) ou dont les titres avaient quadruplé par rapport au début de l’étude. «Les réponses étaient aussi très évidentes après deux doses du vaccin 4CMenB, et les réponses à la troisième dose n’étaient pas beaucoup plus fortes qu’après les deux premières doses», précisent les chercheurs. Un mois après la vaccination, ajoutent-ils, la plupart des sujets ayant reçu le vaccin quadrivalent avaient aussi des titres =8 (hSBA) contre les sérogroupes A, C W-135 et Y. Les deux vaccins ont été bien tolérés, quoique la réactogénicité du vaccin quadrivalent ait été moins marquée que celle du vaccin 4CMenB.

Commentant ces premiers résultats, la Dre Julie Bettinger, professeure adjointe de pédiatrie, University of British Columbia, Vancouver, estime qu’un vaccin contre l’infection par le sérogroupe B serait «fantastique».

«La possibilité de prévenir l’infection par les cinq sérogroupes est le Graal de la recherche sur les infections méningococciques, a-t-elle déclaré en entrevue. L’arrivée prochaine d’un vaccin qui permettra de prévenir l’infection par le sérogroupe B est littéralement exaltante.»

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