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Préparations enrichies et santé optimale du nourrisson : coup d’œil sur les données probantes

Le présent compte rendu est fondé sur des données médicales présentées lors d'un congrès de médecine reconnu ou publiées dans une revue avec comité de lecture ou dans un commentaire signé par un professionnel de la santé reconnu. La matière abordée dans ce compte rendu s'adresse uniquement aux professionnels de la santé reconnus du Canada.

L’ODYSSÉE de la SANTÉ - Nutrition Pédiatrique

Mai 2009

La plupart des nouvelles mères essaient d’allaiter leur bébé, mais elles n’y parviennent pas nécessairement, et peu d’entre elles réussissent à donner le sein exclusivement pendant au moins six mois, comme le recommande l’Organisation mondiale de la Santé, entre autres. En effet, selon les résultats d’un sondage canadien mené en 2008 (http://www.statcan.gc.ca/pub/89-599-m/89-599-m2008005-fra.htm), moins de la moitié (47,4 %) des mères alors sondées par Statistique Canada avaient allaité leur enfant pendant au moins six mois et seulement 50 % environ de ces femmes l’avaient nourri au sein exclusivement. Vu le nombre très élevé de mères ayant des difficultés à allaiter au cours des premiers mois, il est donc important que les médecins et les autres intervenants du système de santé recommandent l’utilisation d’une préparation pour nourrissons enrichie qui s’apparente étroitement au lait maternel.

Le rôle des nucléotides

Dans un premier temps, les mères doivent savoir que la quasi-totalité des préparations pour nourrissons favorisent une croissance normale, même si elles ne contiennent pas la plupart des nutriments protecteurs du lait maternel qui stimulent le système immunitaire de l’enfant. Les nucléotides – présents dans la quasi-totalité des aliments à l’exception du lait de vache, qui en contient particulièrement peu – sont des composantes de base du code génétique et contribuent à la production d’anticorps lorsqu’un antigène ou un vaccin provoque une réaction immunitaire. Les préparations enrichies de nucléotides favorisent donc la maturation du système immunitaire de l’enfant et aident ce dernier à se défendre contre tous les agents pathogènes éventuels.

Les préparations standard apportent bien peu de nucléotides; or, c’est précisément avant le début de l’alimentation solide que l’apport alimentaire de nucléotides semble particulièrement important, la croissance de l’enfant étant alors rapide. Il ressort d’analyses expérimentales que le lait maternel renferme au total 72 mg/L de nucléotides.

La teneur en nucléotides de la préparation actuelle Similac Advance est identique à celle du lait humain, et des études ont confirmé les effets bénéfiques de préparations enrichies de nucléotides en quantités comparables à ce que l’on trouve dans le lait maternel. Des études publiées précédemment ont objectivé une réponse anticorps significativement plus marquée à la fois au vaccin contre Haemophilus influenzae de type b (Hib) et au vaccin antidiphtérique chez des nourrissons de sept mois recevant une préparation enrichie de nucléotides (72 mg/L), comparativement aux enfants recevant la préparation témoin. En outre, la réponse anticorps plus marquée au vaccin anti-Hib persistait à l’âge de 12 mois chez les enfants ayant reçu la préparation enrichie, et ces derniers ont été significativement plus nombreux à atteindre des titres protecteurs d’anticorps anti-Hib. Les titres d’anticorps obtenus chez les enfants ayant reçu la préparation enrichie ne différaient pas de ceux des enfants nourris au sein. Une analyse de sous-groupe a par ailleurs révélé que les diarrhées étaient significativement moins fréquentes chez les enfants ayant reçu la préparation enrichie de nucléotides que chez les enfants ayant reçu la préparation non enrichie.

Au nombre des études récentes figurent celles de Buck et al. (Pediatr Res 2004;56:891-900) et de Schaller et al. (Pediatr Res 2004;56:883-90). Les deux chercheurs ont rapporté que les réponses immunitaires humorale et cellulaire étaient plus prononcées chez les enfants à qui on donnait une préparation enrichie de nucléotides que chez les autres (Figure 1).

Schaller et al. ont rapporté des titres d’anticorps contre l’un des deux sérotypes du virus de la poliomyélite significativement plus élevés chez les enfants de l’étude qui avaient reçu la préparation enrichie que chez les enfants qui avaient reçu la préparation non enrichie. Buck et ses collaborateurs ont pour leur part observé que la préparation enrichie de nucléotides amplifiait davantage les sous-groupes de cellules T mémoire et effectrices et que les taux de la plupart des sous-groupes de cellules T étaient très proches de ceux des enfants nourris au sein.

Les résultats de Hawkes et al. (Eur J Clin Nutr 2006; 60:254-64) apportent d’autres éléments de preuve quant aux effets bénéfiques des nucléotides sur la fonction immunitaire. Les chercheurs ont noté une légère amélioration de la réponse anticorps au vaccin antitétanique donné à l’âge de sept mois à des enfants qui avaient reçu la préparation enrichie de nucléotides (33 mg/L) pendant leurs sept premiers mois de vie, par comparaison à des enfants qui avaient reçu la préparation non enrichie. Fait intéressant à souligner, la même préparation enrichie n’a toutefois eu aucun effet sur les réponses anticorps au vaccin antidiphtérique ou au vaccin anti-Hib. Cette absence d’effet pourrait tenir à la faible teneur en nucléotides de la préparation utilisée dans cette étude – seulement 33 mg/L – qui est bien inférieure à celle du lait humain ou à celle des préparations enrichies, puisque d’autres études ont déjà montré que les préparations enrichies de nucléotides exercent un effet favorable sur la réponses anticorps aux vaccins anti-Hib et antidiphtérique.

Figure 1. Augmentation comparable des cellules T mémoire et effectrices chez les enfants ayant reçu une préparation enrichie de nucléotides et les enfants nourris au sein


Une vaste étude d’observation menée en Italie a également fait la preuve d’une incidence moindre de diarrhées chez les nourrissons qui avaient reçu une préparation enrichie de nucléotides (Minerva Pediatr 2000;52:699-711). Lors de cette étude prospective, 3315 nourrissons ont été répartis dans quatre groupes : utilisation exclusive d’une préparation enrichie de nucléotides (groupe 1) ou non enrichie (groupe 2); utilisation mixte de l’allaitement maternel et d’une préparation enrichie de nucléotides (groupe 3) ou non enrichie (groupe 4). Le risque relatif d’épisode diarrhéique était environ deux fois plus faible dans le groupe 1 que dans le groupe 2, et environ 75 % plus faible dans le groupe 3 que dans le groupe 4.

De même, Yau et al. (J Pediatr Gastroenterol Nutr 2003; 36:37-43) ont observé que les taux sériques d’IgA étaient plus élevés chez les nourrissons ayant reçu une préparation enrichie de nucléotides que chez les nourrissons témoins et, une fois de plus, l’incidence des diarrhées était significativement plus faible chez les enfants ayant reçu la même préparation enrichie de la 8e à la 28e semaine; la tendance se maintenait à la 48e semaine.

Considérés dans leur ensemble, ces résultats semblent indiquer que les nourrissons recevant une préparation dont la teneur en nucléotides est comparable à celle du lait maternel pourraient être avantagés sur le plan immunitaire par rapport aux enfants recevant une préparation à teneur moindre en nucléotides. Les préparations enrichies de nucléotides semblent en outre associées à un nombre moindre d’épisodes diarrhéiques. Ce dernier bénéfice est loin d’être négligeable si l’on pense à l’effet éventuel d’une diarrhée persistante non seulement sur la croissance, mais aussi sur la qualité de vie.

Résumé

Tout comme l’analyse de Schaller et al. sur les ribonucléotides et leur effet sur la fonction immunitaire et la diarrhée chez les nourrissons (Semin Fetal Neonatal Med 2007;12:35-44), la plupart des études pertinentes montrent que les préparations pour nourrissons enrichies de nucléotides confèrent des bénéfices immunologiques évidents, contrairement aux préparations non enrichies. Ces études ont également révélé que les effets bénéfiques des préparations enrichies de nucléotides sont semblables à ceux du lait maternel. Au nombre de ces bénéfices figurent des changements favorables dans les populations de cellules immunitaires, une réponse anticorps plus robuste à divers antigènes vaccinaux et une incidence moindre de diarrhées. Tous ces avantages nous permettent d’affirmer que les préparations enrichies d’une quantité suffisante de nucléotides favorisent la maturation du système immunitaire, et cette observation vient étayer la théorie voulant que les nucléotides soient des nutriments essentiels pour le développement du nouveau-né, concluent Schaller et son équipe.

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